Les violences basées sur le genre (VBG) continuent de marquer tragiquement la réalité quotidienne en Haïti. De janvier à novembre 2024, plus de 5 400 cas ont été recensés, dont 72 % de violences sexuelles, selon un rapport des Nations unies relayé par AlterPresse. Ces chiffres, bien qu’alarmants, pourraient être en deçà de la réalité, les cas non signalés étant nombreux en raison de la stigmatisation et de la faiblesse des systèmes d’assistance.
Parmi les survivantes, 95 % sont des femmes et des filles, soulignant leur vulnérabilité face à l’insécurité qui sévit dans le pays. Les gangs armés, qui contrôlent de larges pans du territoire haïtien, ont recours à des violences sexuelles comme arme de domination et de terreur. Cette crise humanitaire et sécuritaire exacerbe les inégalités existantes, privant des milliers de femmes et de filles d’un avenir sûr et équitable.
Une Journée internationale pour rappeler l’urgence
Le lundi 25 novembre 2024, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes et aux filles, les Nations unies ont lancé un appel pressant à des actions concrètes pour enrayer cette tragédie nationale. À Port-au-Prince, lors de la cérémonie de lancement des 16 jours d’activisme pour l’éradication des violences faites aux femmes et filles (du 25 novembre au 10 décembre), Maria Isabel Salvador, représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU en Haïti et cheffe du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), a réaffirmé l’engagement des Nations unies à soutenir le pays dans cette lutte.
« Les femmes et les filles d’Haïti méritent un avenir sûr, où elles peuvent accéder à l’éducation, exercer leurs droits et contribuer pleinement à la reconstruction de leur pays. La protection des droits des femmes n’est pas une option, mais une responsabilité morale, juridique et sociétale », a déclaré Maria Isabel Salvador.
Elle a également souligné que l’utilisation de violences sexuelles comme arme de guerre par les gangs armés est une forme extrême de violation des droits humains. Cette stratégie, utilisée pour instiller la peur et maintenir le contrôle, ne fait qu’aggraver la crise humanitaire dans le pays.
Des services insuffisants et un financement critique
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a révélé que les services essentiels pour les victimes de VBG et pour la santé sexuelle et reproductive sont gravement sous-financés en Haïti. Cette carence entrave considérablement les efforts visant à soutenir les survivantes et à briser le cycle des violences.
Les infrastructures de santé, déjà affaiblies par des années de crises socio-politiques, peinent à répondre aux besoins urgents. Les ressources humaines, logistiques et financières sont largement insuffisantes pour fournir un accès rapide et sûr aux soins et à la justice pour les victimes.
Renforcer les cadres juridiques et institutionnels
Face à l’ampleur de cette crise, le BINUH a appelé à un renforcement des cadres juridiques pour protéger les droits des femmes et des filles. Les lois existantes doivent être appliquées avec rigueur, et les systèmes judiciaires renforcés pour garantir que les auteurs de violences soient traduits en justice.
Cependant, en raison de l’insécurité généralisée et du contrôle exercé par les gangs armés, l’application de ces lois reste un défi majeur. Des organisations locales et internationales plaident pour des investissements accrus dans des programmes communautaires de prévention et d’éducation, visant à transformer les normes culturelles qui perpétuent les violences basées sur le genre.
Un cri pour la justice et la responsabilisation
« En Haïti, l’insécurité causée par les violences des gangs accentue les inégalités. De terribles violences sexuelles sont utilisées comme arme de guerre. Ensemble, agissons en faveur de la justice et de la responsabilisation pour le respect des droits des femmes et des filles », a ajouté le BINUH dans son appel à l’action.
Les Nations unies, tout en exprimant leur solidarité avec les victimes, ont exhorté le gouvernement haïtien et la communauté internationale à prioriser les droits des femmes dans les initiatives de stabilisation et de reconstruction.
Un avenir possible sans violence
Malgré l’ampleur de la crise, il existe des exemples prometteurs d’initiatives locales et communautaires qui visent à protéger les femmes et les filles. Ces efforts incluent des programmes d’éducation, des refuges pour survivantes, des services de conseil psychologique et des campagnes de sensibilisation pour promouvoir l’égalité des sexes.
Pour que ces initiatives aient un impact durable, elles doivent être soutenues par un financement adéquat et des politiques nationales claires. L’engagement des leaders locaux et internationaux est essentiel pour briser le cycle des violences et garantir un avenir meilleur pour les générations futures.
Les violences basées sur le genre demeurent une tragédie quotidienne en Haïti, amplifiée par l’insécurité et les dysfonctionnements systémiques. En cette Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, l’urgence d’une action collective ne peut être ignorée. Il s’agit non seulement d’une responsabilité morale, mais aussi d’une nécessité pour construire une société plus équitable et prospère.
En unissant leurs efforts, les acteurs locaux, nationaux et internationaux peuvent transformer cette sombre réalité et offrir aux femmes et aux filles d’Haïti la sécurité, la dignité et l’espoir qu’elles méritent.








