Les États-Unis ont renouvelé leur soutien à l’élargissement du Conseil de sécurité des Nations unies en proposant deux sièges permanents pour les pays africains. Cette annonce a été faite par Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice américaine auprès de l’ONU, lors d’une déclaration à New York le 12 septembre 2024. Cette initiative marque un tournant dans la politique internationale des États-Unis, qui cherchent à rééquilibrer la représentation au sein de cette institution clé, longtemps dominée par les grandes puissances mondiales.
L’idée d’une représentation accrue de l’Afrique au sein du Conseil de sécurité n’est pas nouvelle. Depuis près de trois décennies, les pays africains réclament une place plus équitable dans les organes décisionnels de l’ONU, en particulier au Conseil de sécurité, où le continent ne dispose que de trois sièges non-permanents. Le consensus d’Ezulwini, adopté en 2005 par l’Union africaine (UA), plaide pour deux sièges permanents africains et cinq sièges non-permanents. La proposition américaine s’aligne donc en partie sur cette revendication.
Un rééquilibrage nécessaire
Pour Linda Thomas-Greenfield, cet élargissement vise à réparer une « injustice historique ». En effet, l’ONU, créée après la Seconde Guerre mondiale, ne reflète plus l’ordre mondial actuel, notamment pour l’Afrique, qui était en grande partie sous colonisation à l’époque. Aujourd’hui, près de 30 % des États membres de l’ONU sont africains, et les questions relatives au continent représentent une part importante de l’agenda du Conseil de sécurité. Pourtant, les pays africains continuent d’être sous-représentés dans les processus décisionnels de l’organisation.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a également reconnu que le Conseil de sécurité doit être réformé pour retrouver sa légitimité dans un monde en mutation. Cette reconnaissance, alliée au soutien américain, pourrait accélérer la mise en œuvre de cette réforme tant attendue.
Les défis du droit de veto
Toutefois, malgré cette avancée, la proposition américaine ne satisfait pas toutes les demandes africaines. Les États-Unis ont clairement indiqué qu’ils ne souhaitaient pas étendre le droit de veto aux nouveaux membres permanents. Actuellement, ce privilège est réservé aux cinq membres permanents actuels : les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Ce non-élargissement du droit de veto suscite des critiques, notamment en Afrique, où beaucoup estiment que ce droit est un outil puissant permettant à un seul membre de bloquer toute décision majeure.
Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, considère que cette position américaine est une « forme d’hypocrisie » et que l’élargissement sans droit de veto pourrait ne pas répondre aux attentes réelles des pays africains.
Un enjeu géopolitique majeur
La proposition américaine s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large. Les États-Unis cherchent à renforcer leurs relations avec l’Afrique face à l’influence croissante de la Chine et de la Russie sur le continent. En soutenant la présence africaine au Conseil de sécurité, Washington espère améliorer son image et regagner du terrain dans cette guerre d’influence.
Quant à savoir quels pays africains occuperaient ces sièges, la question reste ouverte. Des nations comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et le Kenya sont souvent citées comme candidates potentielles. Le choix final pourrait être déterminé au sein de l’Union africaine à Addis-Abeba, qui devra trancher sur cette question.
En attendant, les États-Unis continuent de plaider pour l’ajout de sièges permanents pour d’autres nations comme le Japon, l’Inde et l’Allemagne, tout en réaffirmant leur engagement envers une réforme plus large du Conseil de sécurité pour refléter les réalités géopolitiques du XXIe siècle.





