Prix Nobel de la paix 2024 : Nihon Hidankyo honoré pour ses efforts contre les armes nucléaires

« Jamais je n’aurais imaginé que cela puisse arriver », a réagi, les larmes aux yeux, le co-président du groupe, Toshiyuki Mimaki (à droite).

Photo crédit: KYODO, FOURNIE PAR REUTERS

Mis à jour le 11 octobre 2024 à 7h07

Cette année, le Prix Nobel de la paix a été attribué à l’organisation japonaise Nihon Hidankyo, distinguée « pour ses efforts en faveur d’un monde sans armes nucléaires et pour avoir démontré, par des témoignages, que les armes nucléaires ne doivent plus jamais être utilisées », a annoncé le président du comité Nobel norvégien, Jørgen Watne Frydnes. Ce choix s’inscrit dans un contexte mondial de tensions croissantes, notamment en raison des guerres en cours et de la menace nucléaire, utilisée comme levier politique.

Nihon Hidankyo : un symbole de résistance

Nihon Hidankyo, fondé en 1956, est un organisme qui représente les hibakusha, les survivants des bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945. Ces bombardements ont causé environ 214 000 morts et précipité la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les membres de Nihon Hidankyo, dont le nombre diminue au fil des ans, continuent de témoigner des horreurs de ces attaques pour assurer que le monde n’oublie jamais les conséquences terribles des armes nucléaires.

Toshiyuki Mimaki, co-président du groupe, a exprimé sa surprise et son émotion en recevant la nouvelle du Nobel : « Jamais je n’aurais imaginé que cela puisse arriver ». Nihon Hidankyo a toujours mis l’accent sur le devoir de mémoire, soulignant que les cicatrices laissées par ces bombardements ne doivent jamais se reproduire.

La menace nucléaire dans un contexte de guerres

L’attribution de ce prix survient alors que les tensions géopolitiques actuelles ravivent les craintes d’un recours à l’arme nucléaire. La guerre en Ukraine, en particulier, a remis cette question au centre des préoccupations internationales. La Russie, depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, n’a cessé d’agiter la menace nucléaire pour dissuader les interventions occidentales. Le mois dernier, Vladimir Poutine a révisé la doctrine nucléaire russe, affirmant qu’il pourrait y recourir en cas de « lancement massif » d’attaques contre la Russie.

Jørgen Watne Frydnes a souligné lors de l’annonce du prix que « le Nobel met l’accent sur la nécessité de maintenir le tabou nucléaire ». Cette reconnaissance de Nihon Hidankyo rappelle aux puissances nucléaires leur responsabilité de préserver la paix mondiale. Aujourd’hui, neuf pays détiennent l’arme atomique, dont les États-Unis, la Russie, la Chine et Israël, et beaucoup modernisent leurs arsenaux, selon des chercheurs de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

La modernisation des arsenaux nucléaires

Les efforts de Nihon Hidankyo prennent un relief particulier à l’heure où, plutôt que de réduire leur nombre, les puissances nucléaires augmentent leurs arsenaux. En janvier 2024, on comptait environ 12 121 ogives nucléaires dans le monde, dont près de 9 585 étaient prêtes à être utilisées. Bien que le nombre total d’ogives continue de diminuer en raison du démantèlement des armes datant de la Guerre froide, le SIPRI note une augmentation inquiétante des ogives nucléaires opérationnelles.

La suspension par la Russie de sa participation au traité New START en février 2023, qui visait à limiter les forces nucléaires stratégiques entre Moscou et Washington, est une autre source de préoccupation. En parallèle, l’expansion des arsenaux dans d’autres pays, notamment la Corée du Nord, renforce les craintes d’une nouvelle course aux armements nucléaires.

Les précédents lauréats du Nobel contre les armes nucléaires

Ce n’est pas la première fois que le Prix Nobel de la paix récompense des efforts contre les armes nucléaires. En 1975, Andreï Sakharov, dissident soviétique et père de la bombe à hydrogène, avait été honoré pour son activisme en faveur des droits de l’homme et contre la prolifération nucléaire. En 1985, c’est l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire qui a reçu ce prix. Joseph Rotblat et le mouvement Pugwash ont été distingués en 1995 pour leurs efforts de désarmement. Plus récemment, en 2017, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) a reçu le Nobel pour son rôle dans l’adoption du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

Le Nobel de la paix 2024 continue donc cette tradition en honorant Nihon Hidankyo pour ses efforts soutenus en faveur d’un monde sans armes nucléaires.

Le contexte des conflits actuels

Le monde reste marqué par plusieurs conflits violents, et la question des armes nucléaires est plus pressante que jamais. Le conflit israélo-palestinien, ravivé récemment, a amené Nihon Hidankyo à faire un parallèle avec le Japon de 1945. Ils ont affirmé que la situation à Gaza aujourd’hui « ressemble au Japon il y a 80 ans », un rappel tragique de la manière dont les civils peuvent être les principales victimes de conflits destructeurs.

En remettant le Nobel de la paix à Nihon Hidankyo, le comité Nobel norvégien rappelle à la communauté internationale que les armes nucléaires ne doivent jamais redevenir une option. L’horreur des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ne doit pas se répéter, d’autant plus que la prolifération nucléaire se poursuit et que les tensions internationales s’intensifient.

Les autres lauréats du Prix Nobel 2024

Outre Nihon Hidankyo, d’autres personnalités et organisations ont été distinguées cette année pour leurs contributions remarquables dans divers domaines.

•   Prix Nobel de physique 2024 : John J. Hopfield et Geoffrey E. Hinton, « pour les découvertes fondamentales dans l’apprentissage automatique avec des réseaux neuronaux artificiels ».
•   Prix Nobel de chimie 2024 : David Baker, Demis Hassabis et John M. Jumper, « pour la conception computationnelle et la prédiction de la structure des protéines ».
•   Prix Nobel de physiologie ou de médecine 2024 : Victor Ambros et Gary Ruvkun, « pour la découverte du microARN et son rôle dans la régulation post-transcriptionnelle des gènes ».
•   Prix Nobel de littérature 2024 : Han Kang, « pour sa prose poétique intense confrontant les traumatismes historiques ».

La remise officielle des prix aura lieu le 10 décembre 2024 à Oslo, où Nihon Hidankyo recevra son diplôme, une médaille d’or et un chèque de 11 millions de couronnes suédoises (environ 1,46 million de dollars canadiens).

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